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La Main : Un Petit Univers en Soi

Dans la Chine ancienne, la main était considérée comme un monde en miniature. Au-delà de sa fonction principale, elle jouait un rôle central dans différentes pratiques visant à réguler la relation entre l'individu et les forces cosmiques. Chacun des cinq doigts représentait l'un des éléments primordiaux : le bois, le feu, la terre, le métal et l'eau. Cette relation avec les éléments était étroitement liée à la théorie des cinq éléments. De plus, chaque doigt avait sa propre signification symbolique, créant ainsi un langage non verbal riche et expressif.


La Main dans le Rituel Taoïste du Bugang

Dans le grand rituel taoïste du bugang 步綱, qui consiste à effectuer une marche rituelle sur les étoiles de la Grande Ourse, la main représente un « univers en petit ».

Effectuant la danse du bugang en même temps sur le sol avec ses pieds et sur la paume de sa main avec son pouce, l’officiant communique directement par pression du doigt sur tel ou tel point avec la divinité stellaire ainsi désignée : « La main est (…) une charte de l’univers et une boussole. Avec le pouce, le Maître touche les points situés sur les pourtours et les sections des doigts activant ainsi la force cosmique qui correspond à ces points.


La Chiromancie : Les Lignes du Destin

La chiromancie, pratique de lecture des lignes de la main, était utilisée en Chine ancienne pour prédire l'avenir et comprendre la personnalité d'un individu. Les différentes lignes et marques sur la main étaient interprétées pour révéler des informations sur la santé, la richesse, le mariage et la carrière.


La méthode du "petit liuren" 小六壬


Une des pratiques divinatoires couramment utilisées en Chine ancienne était le "petit liuren" (小六壬). Cette technique consistait à explorer les différentes positions des phalanges des doigts avec le pouce pour obtenir des informations et des indications sur divers aspects de la vie. Cette méthode reposait sur la croyance selon laquelle la main servait de moyen de communication entre le microcosme et le macrocosme. En manipulant les symboles et les positions sur la paume, les praticiens pouvaient accéder à des informations cachées et percer les mystères de l'univers. Cette méthode était souvent utilisée pour prendre des décisions importantes, prédire l'avenir ou évaluer la compatibilité entre les individus.

À partir du XIe siècle, on trouve des diagrammes de la main accompagnés de poèmes rimés, appelés zhizhang jue 指掌诀, dans des publications touchant à de vastes domaines de connaissances, tels que la religion, la médecine, la divination, les mathématiques, la philosophie, la musique, la poésie, la militaire et la juridique. Ces diagrammes permettaient notamment de déduire des nombres magiques chinois pour choisir un jour propice, un lieu, pratiquer la divination, faire des prédictions ou interpréter le Livre des Mutations.


La vaste étendue de l'univers peut être contenue dans la paume de votre main.


La déduction des nombres magiques chinois, que ce soit lors du choix du jour, du choix du lieu, de la divination, de la bonne aventure ou des interprétations du Livre des Mutations, est étroitement liée à la connaissance de la paume de la main.


L'utilisation de la paume de la main dans les arts divinatoires chinois est bien plus qu'une simple technique de divination. C'est un moyen de faciliter la manipulation et la mémorisation des réseaux complexes de symboles cosmologiques. La main agit comme un outil de communication entre le microcosme individuel et le macrocosme universel.


Une des approches consiste par exemple à utiliser la paume pour mémoriser les douzes branches terrestres, afin d'en déduire les informations nécessaires. Cette méthode de connaissance et de mémorisation reste extrêmement pratique de nos jours.

Ces différentes techniques sont désignées sous les noms de "formule de pincement", "formule de la main", "formule de torsion", "formule de maintien", "formule de fa", "formule de shen" et "formule de combat".


Les gestes codifiés des mains, appelés mudrā, étaient utilisés dans le bouddhisme et le taoïsme pour communiquer avec le divin.


Dans le bouddhisme, le premier exemple de diagramme de la main attesté en Chine se trouve dans un manuscrit bouddhique du VIIIe siècle découvert à Dunhuang. Il représente une paire de mains où les dix vertus bouddhiques sont écrites sur le bout

des dix doigts, une représentation qui relie ce dispositif aux mudrā indiens, ces gestes rituels effectués avec la main ou les doigts par les danseurs ou par les représentations de divinités.


: le Buddha Śākyamuni entouré d'Ānanda (à gauche), de Mahākaśyapa (à droite), et de deux bodhisattva (au premier plan)

On retrouve d'autres mudrā, qui accompagnent les pratiques spirituelles, méditatives et thérapeutiques. Chaque mudrā possède une signification précise, permettant d'établir une communication avec le divin et d'approfondir la connexion spirituelle.



Les gestes symboliques jouent un rôle essentiel dans le taoïsme, où l'on retrouve également des mudras. Dans cette tradition, les empreintes de mains taoïstes sont désignées sous les noms de "jue" ou "shoujue". Ils sont utilisés lors des cérémonies initiatiques, des séances de méditation ou des pratiques de longévité, connues sous le nom de yǎng shēng (养生).


Pour ce qui est de la pratique du Qi Gong, chaque école a son propre répertoire de mudras, qui peuvent être exécutés avec une ou deux mains.


Ces gestes, ces positions des mains activent des interactions qui ont pour objectif de stimuler et d’augmenter les potentialités physiques, mais aussi d’engendrer des transformations, tant au niveau énergétique que spirituel.

La main est aussi un instrument de savoir médical. On connaît ainsi l’importance de l’examen du pouls dans le diagnostic médical. L’importance du toucher est dû en partie à l'importance du qi氣, "souffle" vital dont l'équilibre et la libre circulation assurent la santé. Le qi ne peut pas être vu, mais seulement ressenti par le toucher. Le sens du toucher, a été sans doute le sens le plus important dans la constitution des savoirs médicaux chinois.


Le tang lang quan 螳螂拳 ou « boxe de la mante religieuse » désigne l'ensemble des styles d'imitation animalière de la mante religieuse dans les arts martiaux chinois

Les Arts Martiaux Dans les arts martiaux chinois, la main jouait un rôle essentiel. . Les techniques de mains, telles que les coups de poing, les griffes et les poignées sont utilisées pour la défense et l'attaque. Ces mouvements sont basés sur la canalisation de l'énergie interne, le Qi, et la connaissance précise des points vitaux du corps humain. Ainsi, la main devenait une arme redoutable et un symbole de maîtrise de soi.


La Calligraphie La main joue un rôle central dans la calligraphie chinoise. En tenant le pinceau avec précision et en laissant passer l'énergie, la main donne vie aux caractères chinois sur le papier. La calligraphie est bien plus qu'une simple écriture esthétique. Elle est considérée comme une discipline spirituelle, permettant de cultiver la concentration, la discipline mentale et l'expression de soi. La qualité des traits calligraphiques reflétait l'état d'esprit du calligraphe, rendant chaque œuvre unique et expressive.


En conclusion, dans l'ancienne Chine, la main occupait une place de choix tant sur le plan symbolique que pratique. Elle était considérée comme un microcosme reflétant l'univers et offrant des informations sur la personnalité, le destin et les compétences d'une personne. Que ce soit dans l'art divinatoire de la chiromancie, les arts martiaux ou la calligraphie, la main était vénérée pour sa puissance et sa capacité à communiquer au-delà des mots.


Mudra ( Sanskrit : मुद्रा , Romanisation : mudrā ), également connu sous le nom de sceau

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