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"Les Racines Millénaires de la Santé Mentale en Chine : Entre Philosophie et Médecine Traditionnelle"


Dans l'ancienne Chine, la santé mentale était intimement liée à la philosophie traditionnelle et à la médecine chinoise, mettant en avant l'importance de l'harmonie entre le corps et l'esprit.

Historiquement, les troubles mentaux étaient souvent considérés comme le résultat de déséquilibres énergétiques ou de punitions divines.

Dans les textes classiques tels que le "Yijing" (Livre des transformations) et les enseignements du taoïsme et du confucianisme, l'importance de l'harmonie entre le corps et l'esprit est soulignée. Le concept de "qi" (énergie vitale) et de son flux à travers le corps via les méridiens est fondamental dans cette philosophie. Tout déséquilibre dans le flux de qi est considéré comme une cause potentielle de malaise physique ou émotionnel.


L'histoire de la santé mentale en Chine est riche et complexe, s'étendant sur des millénaires. Les premières références aux troubles mentaux et aux méthodes de guérison peuvent être retracées jusqu'à l'Antiquité chinoise.

La plus ancienne trace documentée remonte au XIVe siècle avant J.-C. Des oracles gravés sur des os, datant de cette époque, attribuent les maux de tête aux vents réguliers balayant les vallées du fleuve Jaune.


Médecine Traditionnelle et Traitement Holistique

La médecine traditionnelle chinoise a longtemps été au cœur du traitement des maladies mentales en Chine. L'activité mentale était attribuée au cœur et la palpation du pouls.

Des herbes médicinales telles que le ginseng et la réglisse étaient utilisées pour équilibrer l'énergie vitale et apaiser les esprits troublés. En parallèle, l'acupuncture, des pratiques de méditation et de qi gong étaient encouragées pour favoriser l'équilibre émotionnel et spirituel. Des médecins éminents tels que  Sūn Sīmiǎo (孙思邈) (581-682) et Zhāng Zǐhé 张子和 (1156 - 1228) ont développé des traitements à base de plantes et des pratiques médicales pour apaiser les esprits tourmentés.

Durant la dynastie des Han (206 av. J.-C. - 220 apr. J.-C.), une période cruciale dans l'évolution de la médecine chinoise, les connaissances sur les affections mentales ont connu un développement significatif. Les ouvrages médicaux tels que le "Huangdi Neijing", un texte essentiel de la médecine chinoise, ont examiné les racines et les remèdes des affections psychiques. Les premières mentions du "kuang" (狂), souvent traduit par le terme "folie", se trouvent dans l'un des chapitres du Huangdi Neijing.


Des éminents médecins tels que Hua Tuo (华佗), qui a décrit des maladies telles que le "dian" (癫), désignant l'aliénation, ou Zhang Zhongjing (张仲景) par ses observations cliniques et les traitements adaptés aux troubles psychologiques ont jeté les bases de la prise en charge des patients.





En parallèle à ces progrès, des structures dédiées au soin des malades atteints de troubles mentaux ont commencé à voir le jour. Bien que modestes comparées aux normes actuelles, ces premières institutions ont fourni un refuge et des soins aux personnes affectées.

Ces premiers établissements étaient souvent abrités dans des temples ou des monastères bouddhistes, où les moines et les guérisseurs locaux dispensaient des soins aux personnes en proie à des troubles mentaux.


Asiles et Soins de Santé Mentale : Un Progrès Graduel

Les patients étaient souvent pris en charge avec empathie, bénéficiant de méthodes de guérison à la fois spirituelles et physiques, comprenant la méditation, la prière, le massage et l'utilisation d'herbes médicinales.

L'émergence des asiles et des soins de santé mentale représentait un progrès graduel à travers les dynasties chinoises.

Durant la dynastie des Han (206 av. J.-C. - 220 apr. J.-C.), les premiers asiles destinés aux malades mentaux ont commencé à voir le jour.

Sous la dynastie des Tang (618-907), des établissements plus spécifiques, ont été établis pour accueillir les personnes atteintes de troubles mentaux. Généralement associés à des institutions religieuses, ces établissements offraient une approche combinée de traitements spirituels et médicaux.

Pendant la dynastie des Song (960-1279), les asiles ont continué à se perfectionner, intégrant de plus en plus de concepts médicaux dans leur prise en charge des maladies mentales. Les médecins et herboristes ont collaboré avec les religieux pour dispenser des soins aux patients. Les asiles sont également devenus des centres de recherche, où de nouvelles méthodes de traitement ont été explorées et développées.

Sous la dynastie des Ming (1368-1644), l'organisation des asiles a connu une amélioration notable, avec une attention accrue portée à la réglementation et à la gestion de ces établissements. Des règles et des normes ont été établies afin de garantir la qualité des soins et le bien-être des patients. Souvent financés par le gouvernement ou par des institutions religieuses, les asiles ont bénéficié d'un soutien croissant de la part de la société.

Parmi ces asiles, l'Asile Tianyou (天佑疗养院), situé à Pékin, la capitale des Ming, s'est distingué par son approche humaniste et son engagement envers le bien-être des patients. Dirigé par un personnel qualifié, comprenant des médecins, des guérisseurs traditionnels et des membres du clergé, il offrait non seulement des traitements médicaux, mais aussi des thérapies spirituelles, des conseils et un soutien émotionnel pour aider les patients à surmonter leurs difficultés. Cet asile est largement reconnu comme un précurseur dans la prise en charge des maladies mentales en Chine ancienne.

L'Asile Xinhe (新和疗养院), établi dans la province du Henan, était un autre établissement renommé de l'époque Ming, offrant des soins spécialisés aux personnes atteintes de troubles mentaux, avec un accent particulier mis sur la réhabilitation et la réintégration sociale des patients.

Quant à l'Asile Yiyuan (怡园疗养院), situé dans la région du Jiangsu, il était réputé pour ses méthodes innovantes de traitement des maladies mentales, ainsi que pour son environnement paisible et naturel, propice à la guérison et au bien-être des patients.


Évolution des Asiles : De la Compassion à la Stigmatisation

Bien que les premiers asiles aient été fondés avec des intentions bienveillantes, leur évolution au fil des siècles a été marquée par des périodes de stigmatisation et de négligence, ce qui a entraîné un traitement inhumain pour de nombreux patients.


Stigmatisation et Sensibilisation

Malgré les avancées dans le domaine des soins de santé mentale, la stigmatisation des troubles mentaux persiste en Chine. Les croyances culturelles et les préjugés ont alimenté la discrimination à l'égard des personnes souffrant de ces affections.

Dans la Chine traditionnelle, les maladies mentales étaient parfois perçues comme étant causées par une possession démoniaque ou une influence spirituelle néfaste, ce qui entraînait une stigmatisation sévère des individus affectés, les considérant comme dangereux ou impurs.

Selon les croyances bouddhistes et taoïstes, les troubles mentaux pouvaient être interprétés comme résultant d'un karma négatif accumulé dans des vies antérieures, ce qui contribuait à culpabiliser les personnes concernées et à les stigmatiser davantage.


Dans la société traditionnelle chinoise, où l'honneur et la réputation d'une famille étaient d'une grande importance, les maladies mentales étaient souvent perçues comme une source de honte et de déshonneur familial. Cette perception conduisait souvent à dissimuler les troubles mentaux et à marginaliser les personnes qui en souffraient.

En dépit des progrès de la médecine traditionnelle chinoise, certaines croyances persistaient dans l'efficacité des remèdes traditionnels ou des pratiques religieuses pour traiter les troubles mentaux. Cette confiance dans des méthodes non éprouvées pouvait retarder ou entraver l'accès aux soins médicaux appropriés, renforçant ainsi la stigmatisation associée à ces affections.


L'Ère Moderne: Évolution des Soins de Santé Mentale

L'arrivée des missionnaires et des médecins occidentaux en Chine au XIXe siècle a introduit les concepts de psychiatrie moderne. Le premier hôpital psychiatrique, fondé par le Docteur John Kerr à Canton en 1897, marque le début de cette transition. Cette période de l'ère moderne a également été marquée par des efforts visant à fusionner la psychiatrie occidentale avec les pratiques médicales traditionnelles chinoises, donnant ainsi naissance à un système de santé mentale hybride.

Toutefois, ces changements ont également engendré des défis, notamment en ce qui concerne la stigmatisation et le manque de ressources.


Défis Actuels et Perspectives d'Avenir

Bien que la médecine moderne ait fait des progrès, la stigmatisation demeure un défi persistant dans la Chine contemporaine. Les préjugés sociaux et les croyances superstitieuses continuent de marginaliser les personnes souffrant de troubles mentaux, souvent les privant d'un accès équitable aux soins et à la dignité.

Cependant, des initiatives de sensibilisation sont en cours pour éduquer le public sur la santé mentale et encourager l'acceptation et l'accessibilité des soins.


 


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